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15/04/2011 - Situation du secteur pharmaceutique dans la crise post électorale ( Côte d'Ivoire )

Deux facteurs impactent le secteur pharmaceutique dans la crise actuelle :

 

 1- le blocage bancaire: La fermeture de la BECEAO, puis des banques, a mis les grossistes locaux dans l'incapacité de régler les laboratoires fournisseurs, qui sont à 90% situés en Union Européenne.

 2- l'embargo sur les ports Ivoiriens a stoppé net tous les flux maritimes de médicaments en direction de la Côte d’Ivoire. Or 90% des médicaments consommés en Côte d’Ivoire sont importés, principalement d'Union Européenne (à 90%). Et ces importations se font à 80% par voie maritime en raison des coûts. L'aérien, coûte 50 fois plus cher, et ne traite de ce fait que 15% des importations, essentiellement des produits légers: certains comprimés secs, collyres, vaccins,etc.

 

L'approvisionnement pharmaceutique est, en temps normal, assuré par 2 filières:

 

-une filière privée,assurant 80% du marché, constituée de 3 grossistes répartiteurs, filiales de multinationales, dont 2 sont Françaises: Copharmed (Groupe EURAPHARMA-CFAO) et DPCI (Groupe CerP Bretagne Nord)et une Africaine dirigée par des Ivoiriens: LaborexCI (Groupe UBIPHARM)

-une filière publique, la PSP (Pharmacie de la santé publique) destinée aux hôpitaux publics, traitant 20% de la consommation.

 

 

Etat de la Couverture en Médicaments

 

Depuis le 11 février 2011, date d'effet de l'embargo maritime, aucun container de médicaments n'embarque depuis l'Union Européenne. Les containers qui étaient déjà en cours de route (sur mer) ont été déroutés sur le port de Dakar. Les transporteurs, qui étaient tenus par contrat, de livrer ce qui était déjà embarqué, ont été contraints d'opter pour du cabotage, à partir du port de Dakar, c'est-à-dire affréter d'autres bateaux ne battant pas pavillon Union Européenne pour livrer la Côte d’Ivoire. Ces stocks à ce jour, ne sont pas encore arrivés, car il n'est pas aisé de trouver des bateaux ne battant pas pavillon Union Européenne.

 

Secteur Privé

A ce jour, les stocks disponibles de médicaments permettent une couverture confortable de 1 mois et demi à 2 mois, qui pourrait être encore prolongée de 2 à 3 semaines avec la réception des stocks déroutés sur Dakar. Ces prévisions de couverture sont plus optimistes que les craintes que nous avions il y a un peu plus de 3 semaines. L'explication est que la demande de médicaments a fortement chuté
(-60%), notamment en raison de la raréfaction de liquidités, et au fait que beaucoup de gens ne sont pas payés (chômage technique) et aussi à l'arrêt des systèmes de prise en charge par les assurances à tiers payant. Le même stock de médicament peut donc tenir plus longtemps.

Un regain de consommation suite à normalisation de la situation, ou toute autre cause, remettrait en cause ces prévisions

 

Secteur Public

Ce secteur fonctionnait traditionnellement mal. Il n'a donc pas résisté à la situation. La PSP affiche 70 à 80% de taux de ruptures. Les combinaisons thérapeutiques pour le traitement du paludisme ne sont disponibles que pour les traitements de 1ère intention (2 mois de couverture), il n'y a pas de recours en cas d'échec.

Les stocks d'ARV (Sida) peuvent couvrir encore 1 mois à 1 mois et demi, les produits de dialyse
(insuffisants rénaux) sont en rupture totale et les dispositifs médicaux, pour les interventions chirurgicales ne sont pratiquement plus disponibles.

 

L'embargo peut il être contourné actuellement ?

 

A priori non.

 

- Embarquer au départ de l'Union Européenne n'est plus possible, aucun armateur n'accepte !

- Importer par avion est inenvisageable car trop cher, les prix des médicaments sont bloqués par l'état, tout importateur ne pouvant répercuter les surcoûts sera en perte.

- Importer des médicaments hors Union Européenne ne réglera qu'une infime partie du problème. Et encore ! Car cela ne pourrait concerner que des génériques. Or tous les médicaments ne sont pas génériques, les spécialités appartiennent à des laboratoires qui détiennent des licences et sont seuls à commercialiser. On ne peut donc acheter que chez eux. 98% des licences sont détenus par les laboratoires de l’Union Européenne et des USA. Par ailleurs, même pour des génériques, importer des médicaments en Côte d’Ivoire, quels qu'il soient, nécessitent une AMM (autorisation de mise sur le marché) préalable. Le temps minimum d'instruction d'un dossier pour délivrer une AMM pour un nouveau médicament est de 2 mois. Après, ce médicament devra être connu des prescripteurs pour qu'il sache ce que ça soigne... Il n'est pas facile de changer ... Dans une situation d'urgence, c'est difficile à faire.

 

Comment faire pour sauvegarder les livraisons de médicaments dans un contexte d'embargo ?

 

L'Union Européenne a fait état de la possibilité d'aménager l'embargo de façon à permettre l'acheminement de médicaments. Cette piste est donc à creuser avec l'Union Européenne.

Restera la question des règlements, en absence de système bancaire. Je ne vois pas de solution pour le moment et suis peu outillé pour apprécier.

 

L'intervention des humanitaires n'est à envisager qu'en ultime recours, en cas de dégradation généralisée de la situation sécuritaire. Car quand les humanitaires s'installent, ils déstructurent pour longtemps les filières normales. Economiquement la remise en ordre s'avère alors plus difficile.

 

 

 

 

Dr Parfait  Kouassi

Président de l'Ordre des Pharmaciens de Cote D'Ivoire

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